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L’œuvre de cet artiste discret qui s’inscrivait dans un itinéraire exigeant, à l’écart mais sans écart, est peu connue du grand public. Gui Boyer (1938 – 2013) appartient à une génération d’artistes qui dans les années 60 menaient des recherches radicales autour et sur la peinture (on pense à Supports/Surfaces, à BMPT).
Les variations qu’offrent ses traits répétitifs, jamais les mêmes, ont un impact visuel immédiat aux subtiles transparences. Les pigments s’enchaînent, se recouvrent, trouvent leur place, établissant une surface régulière et sensible, profonde, sans épaisseur.
En apposant ainsi systématiquement et patiemment sur la toile ces traces l’une après l’autre, il met au point une méthode de travail qu’il poursuivra jusqu’à ses ultimes productions.

« Tout d’abord je tente d’instaurer un type d’écriture  non formel, répétitif et différencié, sans Mémorisation, décentré, sans cadre et hors du cadre: ni envers, ni endroit, une peinture lisible Recto verso et pouvant se continuer par la répétition du format même et ses multiples possibles Articulations. Une peinture plus ouverte qui tendrait à déborder, et à abolir les quatre côtés du Support. Dans l’acte pictural, j’efface autant que possible l’idée de mettre en évidence la peinture. D’ailleurs il n’y a rien à voir dans ma peinture sinon le pictural. La surface du support est alimentée Par le jeu de la couleur qui n’est pas un élément rapporté sur la surface. Pour pratiquer un travail Véritablement peint, j’abandonne tout type de composition et pour tendre vers un extrême dépouillement, dans ma démarche, j’élimine tout sujet. Est absente l’anecdote, ainsi que toute intervention Spectaculaire. Ma peinture est une suite d’actes manuels non mécaniques et non gestuels. Un faire Tout simplement, avec des moyens élémentaires. Sa résultante n’est pas le fruit d’un caprice ni d’un Quelconque concept. La peau picturale a sa réalité intrinsèque. Je pense qu’une surface peinte peut Se percevoir sous deux aspects: une lecture formelle et une lecture globale. Mon travail étant non Formel et non figural, j’invente donc techniquement au départ, un système de marques, de traces Ou d’empreintes le plus primaire possible, mais je peux aussi choisir des éléments picturaux à Caractère anonyme qui, en  soi, sont formes et composition mais qui, répétés plusieurs fois, deviennent un ensemble plus dense, ample et afocal. Je tisse la peinture par cette multiplicité d’unités répétées. »

Gui Boyer