Evénement Whart – 16 oeuvres récentes de l’artiste chinois QIU JIE exposées à la galerie jusqu’au 21 mars

Qiu Jie devant son portrait de MaoQIU JIE – Quand la tradition chinoise rencontre la pop occidentale

En combinant l’esthétique de la peinture traditionnelle chinoise et les symboles de la culture occidentale, Qiu Jie donne à ses œuvres un caractère unique et singulier.  Elevé durant la Révolution Culturelle, il reproduit les images de propagande de soldats, d’ouvriers et d’agriculteurs issues des journaux locaux, avec la culture occidentale et le photoréalisme contemporains. Son esthétique noir et blanc vient délicatement se mêler à des taches éparses de rouges tels les dazibaos de cette même Révolution Culturelle.

Que ce soit dans ses dessins au graphite à la précision et dextérité extrêmes ou dans ses acryliques sur papier journal, Qiu Jie distille la réminiscence révolutionnaire venant se confronter aux grands symboles occidentaux – le col Mao et le hamburger, la machine (révolution industrielle) et la pin-up (révolution sexuelle), le regard d’un soldat et celui de Barack Obama. Ces deux mondes, dans le périmètre des papiers de Qiu Jie, prennent l’allure de symboles intemporels.

Qiu Jie - Zermat - Whart

Zermatt | Dessin au graphite | 140x100cm

DA ZI BAO | Acrylique sur papier | 175x135cm

DA ZI BAO | Acrylique sur papier | 175x135cm

DA ZI BAO | Dessin au graphite | 270x140cm

Article  La Dépêche

Qiu Jie dans La Dépêche

L’artiste chinois Qiu Jie vient de passer quelques jours à Toulouse à l’initiative de la galerie Whart, située rue Amélie. Le but était de convaincre des collectionneurs de la région de s’intéresser à l’œuvre de ce peintre de 53 ans qui vit et travaille depuis longtemps à Genève. L’opération semble avoir été fructueuse. Les amateurs sont tombés sous le charme de dessins et de peintures qui confrontent avec sensualité et humour les cultures chinoise et occidentale. Ils ont aussi beaucoup aimé rencontrer Qiu Jie, homme modeste, aussi affable que subtil, qui a travaillé d’arrache-pied pour obtenir une reconnaissance internationale… qui lui échappe encore en France où il a très peu été exposé. Lacune enfin comblée par la galerie toulousaine…

Qiu Jie est arrivé en 1989 à Genève pour y poursuivre ses études aux Beaux-Arts. «C’était vraiment difficile, explique-t-il. La Chine était alors encore très fermée. A la télé, on voyait juste une minute de football européen chaque semaine. On était impressionnés par la couleur de la pelouse : c’était très vert, pas comme chez nous ! L’autre vision de l’Occident était liée aux images que je découvrais dans les revues publicitaires, principalement de vêtements, que nous avions le droit, à l’école des Beaux-Arts de Shanghaï, de feuilleter.»

Une liberté que Qiu Jie va peu à peu mettre à profit pour développer un imaginaire fourmillant de demoiselles dénudées. «Au début, je cherchais des contrastes esthétiques, avec une femme nue, peut-être une blonde, que je plaçais à côté de James Bond et d’un soldat chinois. Je voulais représenter l’époque de façon volontairement caricaturale. Je m’amusais et, en plus, dessiner une femme nue, c’est très plaisant. Je ne m’ennuie pas.» L’artiste reconnaît jouer avec les clichés. «Dans mon travail, il y a un côté très banal. Je n’ai jamais cherché de vrai modèle, me contentant des filles des magazines. Je voulais travailler sur les choses artificielles, superficielles, leur donner une nouvelle vie.»

«Je provoque pour rigoler»

Pour autant, même quand il associe un défilé de soldats, une montre Cartier et une pin-up, Qiu Jie nie agir par provocation. «Je ne veux choquer ni les spectateurs, ni l’Etat. Je connais beaucoup d’artistes revendicatifs, anticapitalistes. J’ai un copain dont les installations sont d’inspiration industrielle. On a exposé ensemble dans un nouveau lieu, superbement restauré, avec de beaux parquets. Je suis venu avec des dessins. Lui est arrivé avec une tente métallique qu’il a plantée violemment dans le sol tout neuf. J’ai beaucoup de méfiance à l’égard des concepts politiques. Le plus souvent, c’est du spectacle. Ma provocation, c’est juste pour rigoler.»

Exposition Qiu Jie, jusqu’au samedi 21 mars de 14 heures à 19 heures à la galerie Whart (4, rue Amélie), Toulouse. Tél.05 81 80 80 99 (www.whart.fr).